Mardi soir, à deux pas du parc Monceau, le médiaClub’Elles a organisé une table ronde consacrée à la création documentaire à l’ère de l’intelligence artificielle.

Le secteur du documentaire traverse en effet une période de transformation profonde avec l’émergence de l’IA, qui redessine l’ensemble de la chaîne de production, de l’intuition initiale jusqu’à la diffusion. Cette mutation soulève de nombreuses questions, tant sur les opportunités qu’elle offre que sur les menaces qu’elle fait peser sur la création et l’emploi.
Animée par Svetlana Klimoff, productrice à l’agence CAPA et membre du conseil d’administration du médiaClub’Elles, la discussion a mis en lumière trois points de vue distincts, parfois divergents, nourrissant une réflexion complète sur les bouleversements en cours.

Pour Enora Contant, directrice magazines et documentaires chez Ah! Production, notamment spécialisée dans les documentaires historiques, l’IA doit être envisagée comme un outil au service des réalisateur.ice.s, et non comme une solution miracle. Elle permet de concrétiser des projets autrefois irréalisables, sans pour autant réduire la charge de travail ni les coûts de production. Selon elle, l’une des limites majeures de l’IA réside dans son incapacité à reproduire l’imperfection, « l’accident » qui donne leur authenticité aux images, nécessitant ainsi un travail supplémentaire pour les rendre plus humaines.

De son côté, l’autrice et réalisatrice Sylvie Aguirre, également docteure en cinéma et arts du spectacle, souligne le potentiel considérable offert par ces technologies. Lors de son passage d’une production classique – où les reconstitutions historiques étaient particulièrement complexes – à une production intégrant l’IA, elle a découvert un champ des possibles inédit, permettant de concrétiser des idées jusque-là inaccessibles. Elle nuance toutefois cet enthousiasme en évoquant les limites techniques actuelles, notamment dans la gestion des plans d’ensemble et du mouvement : « un soldat marchant à côté d’un cheval peut se transformer en centaure ».

Enfin, Jennifer Deschamps, autrice, réalisatrice et membre de la commission des journalistes de LaScam, adopte une position plus prudente. Selon elle, l’usage de l’IA ne pose pas de problème majeur dans les documentaires historiques, où le public comprend que certaines images sont nécessairement recréées. En revanche, le risque apparaît lorsque la frontière entre archives authentiques et images générées devient floue. Elle rappelle également les réalités souvent invisibles de l’IA, reposant sur le travail de personnes dans des conditions souvent précaires à l’étranger. Pour y remédier, elle appelle à une concertation entre tous les acteur.ice.s du secteur – producteur.ice.s, réalisateur.ice.s, diffuseurs – afin de définir un cadre éthique commun et des règles harmonisées.

En somme, l’intelligence artificielle ne constitue pas une baguette magique, mais un outil encore imparfait qui nécessite un encadrement rigoureux. Elle n’allège pas nécessairement les contraintes de production, mais offre en revanche une plus grande liberté d’expression aux réalisateur.ice.s.


Ce débat a largement nourri la réflexion, comme en témoignent les nombreuses questions posées par le public à l’issue de la table ronde, prolongeant les échanges et soulignant l’intérêt suscité par ces enjeux.


Un grand merci à LaScam pour son accueil dans un lieu inspirant, propice à des réflexions aussi passionnantes.


